Il couchait à la belle étoile, avec le tronc rugueux des arbres comme sommier et le froid de la nuit pour toute couverture. Le corps à peine réchauffé par les effluves de l'essence qu'il "sniffait". Blotti contre ses cinq compagnons de malheur comme pour partager ce souffle de vie qui leur restait en guise de fortune. Emmanuel.

Toutes des épaves jetées dans la mer houleuse des tragédies des grands. Orphelins qui n'avaient que leurs grands yeux sur le monde pour raconter leur martyr, et leur silence pour dire l'indicible qu'ils ont vécu et qu’ils vivent encore. Six corps frêles noyant dans le rire leur peur de demain et vivant dangereusement pour avoir l’impression de vivre justement.

Le récit de leur vie défie celui des chefs d'œuvres de la littérature d'horreur. Ils auraient bien aimé d'ailleurs que ce ne soit là que fiction, un cauchemar duquel on se réveille finalement. Mais il n'en était rien. Leur univers se limite désormais à la rue, cette rue dans laquelle tout se passe, mais malheureusement rien de bon pour les enfants qu’ils sont encore malgré eux. 

La peur est leur compagnon de toute heure, la souffrance une routine dans leur existence trahie et l'espoir d'une vie meilleure, la mince bouée sur laquelle ils s'accrochent. Le rêve d'un monde où malheur est de fait, à celui qui blesse un enfant… Comme dans le bon vieux temps.

Une fugitive rencontre avec Emmanuel et ses camarades par un jour banal de 1998 a bouleversé à jamais ma vie. Et, au fil du temps, naquit cette Organisation, pour que JAMAIS PLUS ne soient plus juste des mots dans les oreilles des enfants en détresse.

Que ce soit ceux qui vous suivent avec un regard hagard dans les rues de Dakar, que ce soit ceux qui vacillent en vous tendant la main parce qu’ils sont encore sous l’effet de la dernière injection de drogue dans les rues des villes occidentales, en fait qu’importe sa couleur, son origine, un enfant qui meurt c’est l’humanité qui perd. Et un jeune qui se crée un paradis artificiel par les drogues pour échapper à la réalité de ce que lui offre notre monde restera toujours la preuve de notre défaite en tant que société.

Monique Mujawamariya, « À propos d'Emmanuel, un enfant de la rue »

 

Histoire d’Emmanuel, un enfant de la rue

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